Du monde de l’entreprise à la magistrature : itinéraire d’une future juge

Ancienne directrice d’entreprise, Carole-Emilie a choisi de quitter le secteur privé pour intégrer la magistrature. Un projet qui se concrétisera en décembre prochain puisqu’elle a été déclarée apte à exercer le métier de magistrat après sa formation probatoire à l’ENM. Comme elle, inscrivez-vous au concours complémentaire de l’École nationale de la magistrature réservé aux professionnels jusqu’au 6 novembre prochain.

Quel a été votre parcours avant d’entamer ce projet de reconversion dans la magistrature ?

« Après une maîtrise de sciences de gestion avec une spécialité en finance et fiscalité, je suis partie travailler un an en Chine dans le domaine du conseil. J’ai ensuite continué, comme consultante en stratégie, à me spécialiser dans l’international en accompagnant, depuis Paris, des entreprises qui se développaient à l’export. À l’issue de cette expérience de 4 ans, j’ai rejoint une entreprise de certification environnementale de bâtiments qui m’a recrutée pour développer son activité à l’international. J’y ai créé une structure dédiée dont j’ai fini par prendre la direction. »

Quelles sont les connaissances de droit que vous avez mobilisées au cours de votre carrière en entreprise ?

« Le droit des obligations pour les contrats, le droit du travail pour la gestion des ressources humaines et le droit fiscal, puisque quand on travaille à l’international, il faut comprendre comment faire pour exécuter un contrat, si une retenue à la source est applicable ou non…

C’était également intéressant en matière immobilière car en travaillant dans le domaine de la certification, j’ai été confrontée aux exigences réglementaires locales qui sont parfois très différentes de celles que nous connaissons en France. »

Comment s’est opérée la bascule vers la magistrature ?

« Cette idée m’est venue progressivement. D’abord, une partie seulement de mon ancien métier avait pour finalité l’intérêt général, et c’est finalement ce qui me plaisait le plus.

J’ai ensuite rencontré un juge d’instance par le biais de connaissances communes : c’était un ancien avocat, qui s’était donc lui-même reconverti dans la magistrature. Il m’a parlé de son nouveau métier avec beaucoup d’enthousiasme, mais aussi de la variété des dossiers qu’il était amené à traiter et de ses relations avec les justiciables. Cet échange est arrivé à un moment où les actionnaires de l’entreprise que je dirigeais envisageaient une restructuration et où je réfléchissais pour ma part à changer de métier.

Cela m’a motivée à m’informer sur les possibilités offertes aux professionnels pour devenir juge ou procureur et, à ma grande surprise, je me suis rendue compte que cela avait l’air possible si je travaillais sérieusement les matières juridiques.

En avril 2018, après mon licenciement économique, je me suis ainsi inscrite à une préparation privée au concours de l’ENM. En parallèle, j’ai commencé à suivre à l’université, en auditrice libre, des cours de licence et de master en droit. C’était très intense, mais cela m’a permis d’acquérir les bases du droit civil et du droit pénal. »

Avez-vous eu l’occasion de faire des stages pour confirmer votre envie de devenir magistrate ?

« Je n’ai pas fait de stage dans un tribunal judiciaire, mais j’ai assisté à de nombreuses audiences pour voir concrètement comment elles se déroulaient.

J’ai par ailleurs été bénévole dans une association de lutte contre la corruption où je suis venue presque chaque semaine pendant 6 mois. J’y recevais des mails de particuliers qui signalaient des faits qu’ils pensaient ne pas être normaux, dans leur entreprise par exemple : mon rôle était de trouver des qualifications juridiques. Le fait de me confronter à des situations réelles et de mettre en pratique mes connaissances m’a vraiment confortée dans mon choix. »

Quels souvenirs gardez-vous de votre premier mois de formation à l’ENM ?

« Le rythme était très intense et les enseignements d’une très grande qualité. Nous avions eu accès, avant notre arrivée à l’École, à des parcours de formation en ligne pour les enseignements théoriques, donc il s’agissait cette fois de mettre en pratique grâce à des simulations d’audiences, des mises en situation…

Je retiens aussi de ce mois à l’ENM la solidarité qui régnait entre les professionnels aux profils variés qui composaient notre promotion, ainsi que la richesse de nos échanges reposant sur nos expériences respectives. Nous sommes d’ailleurs restés en contact une fois en stage. »

Que retenez-vous de votre stage dans un tribunal judiciaire ?

« J’ai vraiment apprécié toutes les fonctions, y compris celles pour lesquelles j’avais un peu moins d’appétence au départ. Aux affaires familiales par exemple, j’ai été happée par cette justice très proche où le juge est tout le temps au contact du justiciable et où ses décisions ont un véritable impact sur la vie des gens.

J’ai aussi pris conscience qu’être en juridiction, c’est une confrontation quotidienne au réel, notamment à des situations difficiles que je n’avais jamais connues dans ma vie. Par exemple au parquet, je me suis parfois retrouvée face à des personnes ayant commis des infractions particulièrement graves ou à connaître de dossiers tragiques qui m’ont vraiment heurtée. Mais je suis restée dans mon rôle, qui était de veiller à l’application de la loi au nom du respect des intérêts fondamentaux de la société.

J’étais la seule de ma promotion en stage au tribunal judiciaire de Strasbourg, mais j’y ai été très vite rejointe par quatre auditeurs de justice. Là encore, nos échanges réguliers tout au long du stage ont été stimulants, car nous partagions le même statut de magistrat en formation désireux de se mettre au service de la justice.

Et surtout, j’ai trouvé que l’accueil des directeurs de centre de stage et des maîtres de stage était vraiment bienveillant : ils avaient bien conscience qu’avec mon profil, je ne savais pas tout, mais j’ai senti que l’important était que je m’investisse et surtout que je progresse au fur et à mesure des semaines et de leurs retours sur mes travaux. »

Un message à passer aux potentiels futurs candidats ?

« Je m’adresserais en particulier aux candidats qui n’ont, comme moi, jamais exercé de fonctions dans le milieu juridique auparavant, pour leur dire que cette reconversion dans la magistrature est possible s’ils ont une vraie appétence pour ce métier et s’ils sont prêts à beaucoup travailler. Il ne faut pas avoir peur de se lancer, ça en vaut la peine ! »

Inscription au concours

Les inscriptions au concours complémentaire 2021 sont ouvertes du 5 octobre au 6 novembre 2020, 17 heures (heure de Paris).