Ancien directeur des ressources humaines, il devient magistrat

Après 10 ans dans les ressources humaines, la carrière de Vincent a pris un tournant important en 2018, quand il a décidé de passer le concours complémentaire de l’ENM. Admis dans la promotion 2020, il vient d’être déclaré apte à exercer le métier de magistrat à l’issue d’une formation probatoire qu’il a débutée en janvier 2020. Futur substitut du procureur, il effectue actuellement 2 mois de stage de préaffectation avant sa prise de poste. Comme lui, inscrivez-vous jusqu’au 6 novembre 2020 à ce concours dédié aux professionnels des secteurs public et privé, pour une rentrée à l’École nationale de la magistrature en janvier 2022.

Quel a été votre parcours avant de passer le concours complémentaire de l’ENM ?

« Je suis juriste : j’ai étudié le droit privé en licence, le droit international des affaires en maîtrise, puis le droit européen dans le cadre de mon DESS (diplôme d’études supérieures spécialisées). En 2005, j’ai présenté le 1er concours d’accès à l’ENM, sans succès.

Je m’intéressais également beaucoup au domaine des ressources humaines, que j’avais découvert au cours de mes études de droit, et j’ai finalement décidé de passer un master dédié à l’administration des entreprises. Après l’obtention de mon diplôme, j’ai débuté ma carrière dans des fonctions dédiées au recrutement, avant de devenir responsable puis directeur des ressources humaines dans des structures de type PME. »

Quand et pourquoi avez-vous souhaité entamer cette seconde carrière, dans le secteur public cette fois, en qualité de magistrat ?

« Je me suis investi pendant 10 ans dans le secteur des ressources humaines, mais je n’ai pas oublié pour autant mon envie de devenir magistrat : cela faisait déjà environ 3 ans que j’envisageais cette reconversion. Je me suis renseigné sur mes possibilités, parmi lesquelles le concours complémentaire de l’ENM, qui permettait d’accéder à une formation plus courte que celle des auditeurs de justice (7 à 9 mois Vs 31 mois) , plus conciliable avec ma vie de famille. J’avais déjà un nombre d’années d’expérience suffisant pour m’inscrire ; j’ai simplement attendu d’avoir également 35 ans, âge minimum requis pour passer ce concours.

Quant à mes motivations pour rejoindre la magistrature, il m’est apparu de plus en plus pertinent d’intégrer le service public de la justice pour servir l’intérêt général plutôt que des intérêts privés. La défense des libertés individuelles, l’application des règles de droit dans la perspective de garantir la paix sociale sont pour moi des objectifs davantage porteurs de sens. »

Quelles compétences acquises au cours de votre carrière vous ont aidé dans ce projet de reconversion ?

« Le métier de magistrat, quelle que soit la fonction occupée, est un métier au cœur de l’humain, qui implique énormément de relationnel, de contact avec les justiciables, les autres magistrats, les auxiliaires de justice, les différents partenaires institutionnels... En travaillant dans le domaine des ressources humaines, j’ai vite acquis et consolidé une certaine facilité de contact qu’ont depuis soulignée mes maîtres de stage.

Au niveau juridique en revanche, même si mon métier impliquait des connaissances en droit social et en droit fiscal, cela restait très insuffisant par rapport aux connaissances que doit avoir un futur magistrat : j’ai donc étudié de nouveau le droit civil et le droit pénal, que je n’avais pas revu depuis 16 ans ! »

Comment avez-vous préparé le concours complémentaire ?

« Ma dernière entreprise était en difficulté : j’ai donc été licencié pour motif économique début 2019, ce qui m’a permis de me consacrer pendant 6 mois à la préparation du concours complémentaire de l’ENM. Mais je pense qu’il est tout à fait envisageable de le préparer en parallèle d’un emploi à temps plein, en travaillant régulièrement le soir et le week-end : c’est d’ailleurs ce qu’ont fait de nombreux autres candidats alors en activité professionnelle.

J’ai choisi de suivre la préparation publique spécifique de l’institut d’études judiciaires (IEJ) de Paris 1, pas tant pour travailler le fond que pour retrouver les réflexes de méthodologie : rédiger des dissertations de 5 heures, on oublie vite ce que c’est ; pareil pour les notes de synthèse ! Je n’aurais pas pu me passer de cette prépa pour produire des copies suffisamment satisfaisantes pour être admissible. »

Une fois admis au concours, comment avez-vous préparé votre rentrée à l’ENM ?

« L’École nous a donné accès à sa plateforme d’e-formation, très complète, juste après nos résultats d’admission : nous avons ainsi pu suivre des modules en ligne avant notre rentrée et consulter des ressources actualisées en fonction de nos profils et besoins respectifs.

Concernant ma vie familiale, je suis père de 3 jeunes enfants et la dernière est née un mois avant le début des écrits. Ce parcours de reconversion est donc un véritable projet familial : nous en avions beaucoup discuté avec ma femme avant même que je m’inscrive et que je m’y prépare concrètement. Cela nous a notamment permis d’anticiper le problème de la mobilité, incontournable au moment de la formation et souvent également au moment de la prise de poste. Je pense qu’il est important de se préparer soit à passer du temps éloigné de sa famille, soit à déménager plusieurs fois avec elle. »

Comment s’est déroulé le mois de formation à l’ENM qui a précédé votre départ en stage dans un tribunal judiciaire ?

« Le premier mois de formation, qui se déroule à l’ École nationale de la magistrature à Bordeaux, a été vraiment dense. Il fallait acquérir en quelques semaines les fondamentaux des techniques professionnelles (la rédaction d’un jugement civil ou d’un réquisitoire définitif au parquet par exemple) et j’ai pu en effet débuter mon stage avec des bases non négligeables. Mais il s’agit de la formation la plus courte au métier de magistrat, et nos maîtres de stage savent que nous ne maîtrisons pas tout en arrivant en juridiction, même s’il faut évidemment être capable, à partir de leurs retours, de progresser rapidement pour produire des travaux satisfaisants. »

Quels souvenirs gardez-vous de votre stage de plein exercice en juridiction ?

« J’ai effectué mon stage au sein du tribunal judiciaire de Saint-Nazaire, d’abord au parquet, puis au siège civil et au siège correctionnel. Malgré le contexte particulier de crise sanitaire, il s’agissait d’une découverte complète et d’une véritable révélation. En effet, même si j’avais déjà assisté à des audiences publiques quand je mûrissais mon projet de reconversion, je ne connaissais pas, à l’époque, tous les codes de la procédure et je ne comprenais pas forcément tout ce qui s’y passait : vivre les choses de l’intérieur, c’est vraiment très différent ! J’ai notamment été marqué par les émotions auxquelles on est confronté pendant les audiences, qui peuvent quelquefois être difficiles à gérer. Face à des justiciables qui s’énervent ou qui s’effondrent parfois, il faut conserver suffisamment de flegme et de calme pour apaiser la situation et permettre à l’audience de se dérouler dans de bonnes conditions : quand on y arrive, c’est très gratifiant !

Par ailleurs, j’ai trouvé que les maîtres de stage avaient un profond sens de leur mission d’enseignement, qu’ils avaient à cœur de faire progresser les élèves magistrats. Bien sûr, il faut beaucoup travailler, ne pas hésiter à poser les questions nécessaires pour rendre un travail de qualité, se préparer à prendre très rapidement en charge le traitement en temps réel des procédures pénales au sein de la permanence du parquet... »

Un message pour les candidats potentiels au concours complémentaire de l’ENM 2021 ?

« Il ne faut pas se laisser décourager : même avec de jeunes enfants, même avec un travail prenant, même si on a l’impression de ne pas avoir le temps de réviser, c’est faisable !

Il faut aussi réaliser que c’est quelque chose d’assez long même si la formation est plus courte que pour les auditeurs de justice : entre le moment où les candidats au concours vont s’inscrire et le moment où ils prendront leur premier poste, il va se passer près de 2 ans ! Comme je l’ai dit un peu plus tôt, i faut aussi vraiment inscrire ce projet de reconversion dans une dynamique familiale.

Enfin, quel que soit notre vécu professionnel antérieur, nous avons tous quelque chose à apporter à la magistrature ; la question étant plutôt de savoir comment assimiler rapidement ce qu’on ne connaît pas encore. »

Concours complémentaire

Les inscriptions au concours complémentaire 2021 sont ouvertes du 5 octobre au 6 novembre 2020, 17 heures (heure de Paris).